A titre de commémoration de l'assassinat de Jean Jaurès et surtout d'hommage à ce qu'il nous a légué.
« Ce que les classes dirigeantes entendent par le maintien de l’ordre, ce qu’elles entendent par la répression de la violence, c’est la répression de tous les écarts, de tous les excès de la force ouvrière ; c’est aussi, sous prétexte d’en réprimer les écarts, de réprimer la force ouvrière elle-même et laisser le champ libre à la seule violence patronale.
Ah ! Messieurs, quand on fait le bilan des grèves, quand on fait le bilan des conflits sociaux on oublie étrangement l’opposition de sens qui est dans les mêmes mots pour la classe patronale et pour la classe ouvrière. Ah ! les conditions de la lutte sont terriblement difficiles pour les ouvriers ! La violence, pour eux, c’est chose visible palpable, saisissable chez les ouvriers : un geste de menace, il est vu, il est retenu. Une démarche d’intimidation est saisie, constatée, traînée devant les juges.
Ah ! Le patronat n’a pas besoin, lui, pour exercer une action violente, de gestes désordonnés et de paroles tumultueuses ! Quelques hommes se rassemblent, à huis clos, dans la sécurité, dans l’intimité d’un conseil d’administration, et à quelques-uns, sans violence, sans gestes désordonnés, sans éclat de voix, comme des diplomates causant autour du tapis vert, ils décident que le salaire raisonnable sera refusé aux ouvriers ; ils décident que les ouvriers qui continueront la lutte seront exclus, seront chassés. Cela ne fait pas de bruit ; c’est le travail meurtrier de la machine qui, dans son engrenage, dans ses laminoirs, dans ses courroies, a pris l’homme palpitant et criant ; la machine ne grince même pas et c’est en silence qu’elle le broie. »
Et si cette description viscérale demeure encore et toujours, il y a des enseignements qui peuvent être tirés. Et des événements tragiques de l'histoire, et de votre propre expérience (bien que limitée, elle a l'appui de votre intuition et tout le temps de réflexion que vous lui accordez).
De la violence ouvrière, il tire la conclusion quelques années plus tard après ce texte, qu'elle résulte d'un défaut d'organisation. Des syndicats et des partis puissants et unis rendront inutiles toutes les violences. Sa position est donc loin de justifier la violence ouvrière. Elle décrit plutôt un mouvement social inabouti à qui il faut donner une forme unie. Ce choix de l'action unificatrice qui passe par la compréhension des inégalités sociales et des maux qui frappent le peuple est un appel à la Justice. Cette Justice passe d’abord par les tribunaux qui implique que nul ne peut se mettre au-dessus des lois pour avoir pris la vie d’une femme, d’un homme, d’un enfant. Les privilèges des uns sur les autres ont été abolis par la Révolution. Nul noble, nul paysan, nul patron, nul ouvrier, nul policier, nul délinquant, n'est au-dessus des lois. Mais cette Justice est incomplète, si elle n’est pas sociale, c’est-à-dire si elle ne permet pas à la classe dominée de devenir maître et possesseur de son propre travail, de son outil de production, de sa terre, bref de sa vie. C’est cette appropriation des moyens d’existence qui fera d’un humain un citoyen.
Après la grève des travailleurs de PSA Kénitra Maroc qui ont lutté pour leurs conditions de travail et des augmentations de salaires, la direction réprime et licencie les salariés qui veulent monter leur section syndicale.
Les salariés ont décidé de créer un syndicat pour se battre contre le patron, et avant même sa mise en place, la direction de PSA Kénitra a convoqué les 11 salariés individuellement pour faire pression et les faire démissionner de l’Union Marocaine du Travail nouvellement créée dans l’entreprise, comme le rapporte l’article du journal Yabiladi dans son édition du 18 février 2021