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Les arcanes de la géostratégie

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Aux confins de l’océan Indien

Tuesday 29 March 2022 à 17:47

L’ océan Indien, nous raconte une pléthore d’histoires singulières et passionnantes mêlant conquêtes militaires, traversées tumultueuses et découvertes fantastiques, qui façonnent la construction de ses routes maritimes stratégiques, afin de servir l’approvisionnement des riches empires de Méditerranée occidentale, en produits de luxe très convoités : pierres précieuses or et épices.

Boutre traditionnelle utilisée par les commerçants arabes médiévaux dans le golfe Persique et l’océan Indien

Quand au printemps -327, Alexandre le Grand, roi de Macédoine, part avec son armée épuisée après un long périple, pour la campagne du Penjab (ex Royaume indien, Pakistan actuel), affronter les troupes montées sur éléphants du roi Poros, dans la plaine de l’Indus, il ne se doute pas (sous la forte pression de ses hommes effrayés par la supériorité numérique indienne; mutinerie), que cette opération très risquée, marquera la fin soudaine de son éreintante conquête de l’Est. 

Expéditions d’Alexandre le Grand, roi de Macédoine

Après avoir soumis non sans mal, toute la grande vallée accidentée et bien défendue du royaume des Paurava, Alexandre le Grand fait construire rapidement une flotte importante, financée par le roi indien déchu. Placée sous le commandement de son lieutenant Néarque, elle est en charge de leur retour périlleux en Macédoine, depuis l’Indus vers la mer des Indes (nouvelle limite officielle du monde pour les grecs); cap sur le golfe Persique puis Babylone. 

La percée dans l’océan Indien d’Alexandre le Grand, donne une nouvelle vision maritime aux grecs et ouvre des opportunités économiques considérables : à 20 jours de navigation lente des côtes indiennes (comme décrit par les égyptiens), se trouve l’île de Taprobane (Ceylan, actuel Sri Lanka) et sa centaine d’îlots. Une terre paradisiaque peuplée d’hommes organisés autour de 10 cités et d’animaux sauvages, où poussent des épices fabuleuses. Là, l’océan regorge en grande quantité, de perles d’une taille et pureté exceptionnelles.

Progressivement, se dessinent de nombreuses routes commerciales parcourues par des convois très attendus, chargés de produits exotiques, découverts dans les contrées lointaines, jouxtant l’océan. Rapidement expédiés vers la zone centrale du monde : la mer Méditerranée, autour de laquelle sont très tôt représentés, les côtes et ports des principaux continents (Asie, Europe, Afrique), ils sont négociés à prix d’or.

A partir du 8ème siècle, l’expérience aguerrie des navigateurs-marchands arabes (précision du terrain cartographié, maîtrise du sens des vents sur des boutres furtives, inventions outils d’aide à la navigation), permet une meilleure compréhension de ce vaste domaine maritime mystérieux, dont on craint les remous tout en repoussant sans cesse les limites. 

Un océan sous domination musulmane, qui se politise et militarise au Moyen-Âge, particulièrement au début des croisades, devant le succès et l’hégémonie des négociants de la péninsule arabique, dont le grand privilège est d’être reliée à ses eaux, par 2 mers adjacentes: Rouge & golfe Persique. Les cartes se précisent; elles permettent d’aller plus loin et de tisser des liens culturels profonds, entre les mondes arabo-musulman, Est-africain et asiatique, qui impressionnent l’Europe inquiète.

Diffusion de l’islam à partir du 12ème siècle

C’est à cette période que Sharif Al-Idrisî (1100-1165), originaire de Sebta au Maroc, géographe, formé à l’université de Cordoue, alors l’une des plus prestigieuses d’Europe, conçoit pour Roger II roi normand de Sicile, un globe terrestre en argent, accompagné d’un livre de commentaires, intitulé  » Amusement pour qui désire découvrir le monde » ou « Livre de Roger ». En recueillant tous les savoirs scientifiques grecs, arabes et chrétiens, il réalise la première représentation concrète du monde.

Globe en argent réalisé par Sharif Al-Idrisî

Ce commerce maritime de plus en plus dense, florissant et techniquement renforcé par l’appui vital d’îles relais, ainsi que par l’organisation financière de plateformes de gestion-distribution (Zanzibar, Kilwa), solidement protégées derrière des fortifications ingénieuses, donnera naissance à une civilisation unique : la culture Swahili qui réunit les « gens du rivage » dans les pays du « Zanj ».

Sur le long et prospère littoral d’ Afrique de l’Est ainsi que dans les îles périphériques, depuis la Somalie au Mozambique, en passant par les Comores, jusqu’à Madagascar, se mélangent avec richesse, les identités africaine et arabo-persane, à l’origine de la création de sultanats puissants, face au Bahar al Hindi (océan Indien).

Les ruines du Husuni Kubwa, palais fortifié de Kilwa, en Tanzanie, surplombent l’océan Indien. 

Le Caire, Dubaï, Ryad et Rabat : les voi(x)es arabes des nouvelles Routes de la Soie

Thursday 13 January 2022 à 19:53

Une pléthore d’ouvrages aborde les Routes de la Soie, à travers le prisme d’une intrusion chinoise agressive, cachant derrière son projet économique d’envergure qui multiplie les dettes sur son passage, de grandes ambitions hégémoniques, sécuritaires et militaires. 

Peu envisagent le point de vue local des pays invités à les tracer, dans le sillage de la Chine : quelle intensité donner à une telle implication, sans offenser les alliés occidentaux. Un difficile  équilibre a trouver, dans un calendrier chargé, par les investissements chinois qui les placent à l’avant poste de leur déploiement actuel ?

Le livre « The Belt and Road of the Past or Forecasting ? » publié en Égypte par la bibliothèque d’Alexandrie, rassemble plusieurs études analytiques qui décryptent la vision arabe, à travers ses acteurs principaux : Emirats, Egypte, Arabie-saoudite et celle des responsables chinois en mission sur place. Ces derniers ne manquent pas de rappeler l’histoire riche et ancienne que partage le monde asiatique et arabe, depuis des temps anciens ayant forgé durablement, les premières grandes routes commerciales.

Les restrictions américaines très sévères, après le 11 septembre 2001, ont poussé et permis aux nations arabes de se tourner précipitamment vers la Chine. Sa base militaire impressionnante à Djibouti, en cours d’extension qui accueillera plus de 10 000 soldats à terme, propulse la Chine, dans la région et l’impose comme nouveau gendarme mais aussi fournisseur d’armement plutôt arrangeant, dans une conjoncture propice à la signature de futurs gros contrats avec des partenaires riches, déjà bien dotés à l’instar de l’Egypte, des Emirats et de l’Arabie-saoudite.

L’ambassadrice de Chine au Caire écrit, que le monde arabe représente un pont incontournable entre la Méditerranée via l’Europe & l’Asie, mais aussi entre l’Asie et l’Afrique, où de grands développements d’infrastructures en construction, changent la physionomie du continent, avec la bénédiction de l’Union Africaine. Aucune volonté de former d’alliance géopolitique ou militaire explique-t-elle: la Chine se borne à un rôle d’accélérateur de développement qui permet aujourd’hui de moderniser les territoires partenaires. Elle souligne le volume en progression des flux commerciaux, entre la Chine et les pays arabes : 266,4milliards$ en 2019 et 1,4Milliards$ IDE (investissements directs à l’étranger) 

Dr Sherine Jaber aborde l’importance primordiale de la péninsule arabique pour la Chine, avec un focus sur l’amplification des relations sino-saoudiennes, dans le cadre du développement des actions diplomatiques chinoises, renforcées depuis 2013 : « les Routes de la Soie sont un projet dont les opportunités l’emportent sur les défis ».C’est pourquoi l’Arabie-saoudite lance avec fermeté, plusieurs projets, au coeur de sa stratégie de développement, en jointure avec la Chine dans des domaines sensibles tels que le nucléaire et le militaire.

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On peut pousser ce constat au Maroc, membre de la BRI depuis 2017, positionné à l’intersection de plusieurs régions du monde: un relai multiple vers l’UE, vers l’Afrique, où le Royaume depuis plus de 30 ans, mène une politique étrangère très intensive, et enfin vers l’Atlantique. 

Tanger Med devenu premier port d’Afrique, offre un double balcon sur les « 2 mers » et un grand centre de transbordement-fret-logistique international. La sortie de terre de la ville nouvelle de Dakhla, au Sud, l’agrandissement du port de Casablanca et l’arrivée du TGV, présentent des atouts considérables, plaçant le Maroc comme partenaire stratégique sur la feuille de route chinoise.

Un maillon fiable vers l’Occident, permettant de construire une plateforme à partir de laquelle exporter ses biens et ses services en particulier en Espagne, Portugal, France, et Italie. Le Maroc et la Chine viennent de signer le plan de mise en œuvre conjointe de « l’initiative de la Route de la Soie » afin de matérialiser et accélérer, l’accès aux capitaux chinois, puis concrétiser les 80 projets bilatéraux, dont le très attendu « Mohamed VI TangerTech, » signé en 2019.

La Chine et le monde arabe construisent des liens techniques profonds, qui ouvriront de nombreux relais anciens et nouveaux, mais également des partenariats prestigieux intégrant de fait la sécurité régionale; un cadre nécessaire aux succès du projet titanesque chinois, des nouvelles Routes de la Soie.

Îles des Comores : allié stratégique face au Cabo Delgado

Monday 9 August 2021 à 15:35

Le 4 août, le président Comorien Assoumani Azali s’est rendu à Maputo au Mozambique, afin d’accélérer le travail urgent, du comité technique en charge des questions sur les enjeux sécuritaires de leurs zones maritimes voisines (organisation et pilotage des moyens de coordination). Objectif: sceller des accords bilatéraux, touchant à la gestion concertée de l’espace marin, à la supervision et la surveillance renforcées de la porte Nord du canal du Mozambique, où la ZEE des îles comoriennes occupe une vaste place centrale, face au Cabo Delgado, en pleine opération militaire.

Devant la progression de l’insurrection au domaine maritime mozambicain, sur l’archipel des Quirimbas, qui jouxte la côte du Cabo Delgado et plus particulièrement sur les îles de Metundo et Vamizi, les institutions internationales craignent un éventuel passage des insurgés aux Comores. Souvent accusées d’être une plateforme de développement de l’Islam radical régional, (avec le concours de l’Arabie-Saoudite, un des principaux créanciers du pays), les îles de la lune doivent démontrer leur actions de bonne volonté, quant aux questions d’anti-terrorisme. Un de leurs ressortissants Fazul Abdullah Mohammed, originaire de Moroni (binational : Kenya-Comores; mort en 2011), présumé responsable des opérations d’Al-Qaïda en Afrique de l’Est en 2002, est impliqué directement dans les attentats contre l’Ambassade Américaine à Nairobi au Kenya et à Dar Es Salaam, en Tanzanie qui ont fait plus de 200 morts, en août 1998.

C’est pourquoi la France, suite à la force majeure déclarée par la firme Total en avril 2021, à travers les remarques du ministère des armées Français et du Président de la République, émet une alerte sur une possible propagation de l’insurrection mozambicaine aux Comores (partenaire Sécurité et Défense, dépendant à l’Aide au Développement France) et sur le territoire Français proche de Mayotte. En mai 2021, lors de son voyage officiel en Afrique du Sud le président Emmanuel Macron déclare fermement:

-« face à cette situation que nous suivons avec beaucoup de préoccupation, le souhait de la France est de rester cordonné avec le Mozambique et les Etats de la région »

-« si la décision était prise de structurer une intervention de la SADC pour restaurer pleinement la souveraineté du Mozambique, sur tout son territoire, la France est disponible pour prendre part à des opérations sur la partie maritime ».

La France dont les frégates patrouillent très régulièrement, dans le Nord-Ouest de l’océan Indien, déploie des moyens de surveillance et de contrôle de sa ZEE au coeur du Canal du Mozambique, depuis la Réunion et Mayotte. Elle doit composer et compter sur son proche voisin et partenaire militaire historique Comorien. Ce dernier, appuyé par les Emirats sur le volet matériel militaire depuis peu, est idéalement collé et positionné face à la zone gazière du bassin Rovuma Tanzano-Mozambicain, où la France développe le plus gros projet GNL d’Afrique, sur l’aire 1.

Pour comprendre l’étroite relation complexe entre la France et les Comores, (re)lire le post : – Îles des Comores : murmure d’une « insurrection mystérieuse »

Maurice : îles Agalega, une base militaire pas si secrète

Thursday 5 August 2021 à 15:19

L’ océan Indien est positionné par les grandes puissances, au coeur des flux maritimes mondiaux, donc par extension il constitue un terrain fertile des rivalités géopolitiques de demain. Lieu de passage hautement prioritaire pour les approvisionnements énergétiques, réserve halieutique par excellence, convoité également pour l’abondance de ses nouvelles réserves gazières et minières, Il est parsemé d’îles nombreuses, qui constituent des zones d’appui aéronavales très disputées, dans la guerre au contrôle des points d’étranglement (choke point).

Ces îles paradisiaques, facilitent les patrouilles maritimes dans le canal du Mozambique, la voie de passage empreintée par les grands navires commerciaux et surtout les pétroliers. Des miradors permettant d’observer les routes maritimes, autour de l’Afrique de l’Est où se trouve actuellement, une partie importante du « réservoir énergétique » du géant Chinois.

L’ île d’Agalega Nord, est une ancienne plantation d’esclaves, elle doit son nom (traduisez « Vingt-cinq »), en référence au nombre de coups de fouet infligés aux esclaves en guise de punition. Située à 1122 kilomètres au Nord de l’île Maurice, elle mesure 12 kilomètres de long sur 1,5 kilomètre de large, 300 personnes environ y vivent de la culture de champs de cocotiers. Isolée, elle n’est desservie que par une jetée rudimentaire et un aérodrome pouvant accueillir des avions légers. Maurice, l’ile mère prévoyait d’y bâtir de grands projets touristiques pharaoniques et un hôpital, qui n’ont jamais vu le jour, mais ont longuement alimenté de grands discours politiques vantant l’union nationale.

Depuis plus de 10 ans, l’Inde négocie avec Maurice, l’installation d’une base militaire stratégique aux Agalega. Petites îles au positionnement idéal, qui lui confère la couronne d’avant poste de renseignement militaire, car il octroie une perspective opérationnelle exceptionnelle, dans le cadre de la surveillance du Sud-Ouest de l’océan Indien.
L’Inde entretient une relation historique de Défense et Sécurité avec Maurice : des gradés Indiens occupent aujourd’hui, certains postes prestigieux et à responsabilité auprès du gouvernement Mauricien, à l’instar des titres de conseiller à la Sécurité Nationale et de chef de l’unité Garde-côtière :

– 1996 : installation de la première station radar. 

– 2015 : lors de la grande tournée du premier ministre Narendra Modi, dans les Îles de l’Ouest de l’océan Indien, 2 accords sont ratifiés avec :

– 2018 : les travaux débutent (budget : 87 millions de dollars);  au centre de l’architecture, une piste de 3000 mètres est construite; elle est capable d’accueillir la flotte d’avions de surveillance maritime P8I Poseidon, acquise auprès des Américains; ils ont opéré leur première patrouille conjointe avec la France, depuis la Réunion.

Une liaison importante, largement consolidée par un volet financier lourd (mais handicapant) via les infrastructures clés Mauriciennes et autres prêts divers, renforcée par des liens ethniques et religieux forts : c’est pourquoi, Maurice est souvent nommée la  » petite Inde ».

Les Agalega, archipel-citadelle, au cœur de l’océan Indien attisent depuis 1970, toutes les convoitises : 

– 1970 : la Russie établit un plan d’achat de l’archipel pour y positionner une base navale d’envergure, inquiétant au passage les USA installés à Chagos.

– 2005 : L’ Afrique du Sud, en parallèle des négociations Indiennes, propose un contrat de 250 millions$  pour le développement d’un  projet « touristique »  composé de « marinas », couvrant tout le flan Est des l’îles Nord & Sud …

Toujours est-il, que derrière l’installation d’une base militaire aéronavale de cette importance, se glisse souvent un accord secret, qui s’articule autour de tractations concernant un déplacement de la population, assorti d’un contrat d’armement ; à l’instar de Diego Garcia, où les USA imposent la doctrine du  » no people no problem  » tout en promettant 14 millions$ de rabais sur les missiles Polaris à l’Angleterre, leur bailleur.

Alors, quelles sont les clauses précises et opaques de ce contrat militaire, qui permet à l’Inde aujourd’hui, d’installer définitivement un système de surveillance global aux techniques avancées multiples, composé de radars, aéronefs, station d’écoute, conforme à la volonté de projection de la doctrine naval Indienne dans cette région ? Appuyée par ses alliés, l’Inde se donne des moyens solides, afin de menacer sérieusement l’hégémonie de la Chine (mais pas que), dans ses perspectives de déploiement aéronaval, via notamment les riches côtes Est-africaines et leurs domaines maritimes si prisés :

En Inde, on appelle déjà, l’île d’Agalega Nord : la « Base »…

Ethiopie : Tigray-Triangle d’Ilemi, les frontières in(di)visibles

Thursday 25 February 2021 à 16:55

Claudia J.Carr du département Environmental Sciences, Policy and Management-Berkeley, alerte avec fermeté, en 2014, sur la situation d’extrême dangerosité liée à la stratification confuse des terres pastorales, dans le Rift éthiopien. A travers une longue enquête très fouillée, effectuée sur le terrain : « River Basin Development and Human Rights in Eastern Africa – A Policy Crossroads », elle juge le découpage problématique et incertain, dans le cadre de méga-projets industriels, sur ce vaste et riche périmètre géographique, composé d’une zone grise, transfrontalière (10 à 14 000 km2), au Sud-Ouest de l’Éthiopie- Sud du Sudan du Sud-Nord du Kenya, occupée par plusieurs tribus.

Un plan de développement économique aux multiples enjeux, supervisé par les institutions bancaires internationales (& USAID- AFD), intégrant une infrastructure mécanique lourde, coûteuse, construite par des sociétés européennes et chinoises, qui génère de grands bouleversements socioculturels. A l’instar du réseau connecté par les 5 grands barrages hydroélectriques – Gibb I, II, III, IV,V -, sous le contrôle éthiopien positionnés sur le fleuve Omo, qui alimente le Lac-frontière Turkana. Ces derniers, en plus d’être érigés sur une zone à risque sismique et de fracture (Grand Rift; sans contrôle environnemental réel, au préalable – puis audits complaisants organisés en surface, pour répondre à des exigences procédurières), n’ont guère généré de progrès, quant au partage équitable des eaux, ressources agricoles et halieutiques (souillées par de gros problèmes de fonctionnement), qui de surcroit se raréfient. De nombreuses non-conformités dues à des dysfonctionnement moteur et la fragilité de la matrice des édifices ont provoqué de graves accidents : inondations et pollutions. Ces barrages produisent et commandent un flux électrique très irrégulier, qui irrigue en priorité les infrastructures et plateformes économiques ciblées, le rendant ainsi faible, voire inexistant pour les habitants de ces territoires. Face à ces mutations profondes, passées sous silence, auprès des populations locales et au manque de moyen de subsistance chronique, l’escalade des conflits entre pêcheurs et agriculteurs, déjà exacerbée par le différend politique, sur le territoire contesté du Triangle d’Ilemi, était évidemment prévisible. 

A l’extrême Nord, le Tigray, qualifié sérieusement de zone énergétique prolifique, dès 2008 (minière : potasse, or, cuivre … + hydrocarbures), est également situé sur un bassin de prospective transfrontalier, englobant l’Erythrée, voit soudainement son territoire (ré)investi, par des traders très agressifs et les sociétés étrangères (pré)positionnées, avant la paix de juillet 2018, entre l’Ethiopie et son voisin. le Tigray: itinéraire d’accès logique, depuis les terres vers la très stratégique mer Rouge, ses ports, le golfe d’Aden et l’océan Indien, qui doivent accueillir, très bientôt, la très attendue Task Force aéronavale – conjointe -, sous tutelle éthiopienne – équipée en partie par la France et les Etats-unis -. Cette sécurité officielle relative, retrouvée sur le papier, conjuguée à l’apaisement provoqué par le grand mariage d’intérêts entre les ennemis héréditaires d’hier, « partenaires » d’aujourd’hui, permettent une nouvelle phase de (re)déploiements des explorations et la construction des accès nécessaires à l’exploitation commune, des richesses des deux États. 

En attendant, la situation tendue et insoutenable, dans ces deux régions limitrophes vulnérables, dénigrées par le pouvoir central, accélère le mouvement des déplacés, en parallèle d’une multiplication et d’un retour notable des investissements étrangers, sur fond de surmilitarisation de la sous-région; essaimant automatiquement sur son passage, un développement inquiétant des camps de réfugiés. Là, sont entassées, dans des conditions de dénuement inacceptables, les tribus voisines devenues antagonistes, au fil du temps et des conjonctures conflictuelles, dans la Corne africaine. Ici, les pays du Golfe jouent un rôle majeur : gestion politico-financière et sécuritaire, sous l’œil attentif et l’impulsion des grandes puissances rivales, en quête de nouveaux positionnements stratégiques sur l’Est-africain.